Culture du jetable

 
Triage de linge, La Factrie

Nous vivons dans une société, où notre modèle économique nous incite à consommer encore et encore. Avec l’arrivée des vêtements bon marché, maintenant abondamment offerts, nous commençons à voir les choses que nous portons comme étant facilement jetables. Notre consommation s’élève aujourd’hui à environ 80 milliards de nouveaux vêtements chaque année. Un pourcentage représentant 400 % de plus que ce que nous consommions il y a seulement deux décennies. Cette surconsommation nous incite ainsi à toujours consommer davantage et à jeter à un rythme effrayant.

Historiquement, les vêtements que nous portions étaient faits de manière à ce que nous les conservions pendant une longue période. Nous les partagions de génération en génération. Chaque bout de tissus avait sa propre valeur et était entretenu avec grand soin. Contrairement aux vêtements que portaient nos grands-parents, la qualité des matières premières utilisées dans leur fabrication est maintenant réduite pour optimiser les coûts de production, de même que les droits et les salaires attribués aux travailleurs. Plus de 97 % des articles sont aujourd’hui fabriqués à l’étranger et représentent une exploitation de la main-d’œuvre dans de nombreux pays en développement. En décidant ainsi d’acheter des vêtements de moindre qualité, nous encourageons un système défaillant et augmentons notre empreinte écologique.

 

Une philosophie durable pour les compagnies

Pour tenter de sortir de ce tourbillon qu’est la surconsommation, plusieurs compagnies optent aujourd’hui pour une philosophie plus durable dans la production et la réparations de leurs produits. Considérée comme le chef de file dans cette approche, la compagnie Patagonia met de l’avant de nouvelles campagnes visant à recycler et à réparer les produits achetés. Selon eux, l’une des choses les plus responsables qu’une compagnie peut entreprendre est de faire des produits durables de haute qualité qui pourront facilement être réparés. De cette façon, nous n’avons plus à acheter plusieurs produits pour combler le même besoin. En 2013, l’entreprise entrepris une tournée de sensibilisation avec un camion de réparation qui traversa l’Amérique d’Est en Ouest.

 Photo : wornwear.patagonia.com

Photo : wornwear.patagonia.com

À chaque coin de région, nous trouvons des entreprises qui choisissent de se diriger vers la durabilité dans la confection et les choix des matériaux utilisés. D’autres décident de récupérer et d’offrir une deuxième, voire troisième vie aux produits.

À Dunham, l’entreprise La Factrie propose de prendre vos vieux morceaux de linges et de les transformer en matière première pour leurs nouveaux projets ou pour ceux des membres de leur coopérative.

La Factrie de Dunham

Maryse Messier et Myriam Bernier / Co-Fondatrices de La Factrie

À West Shefford, Pascal Plamondon et Maryse Blanchard travaillent le bois comme matière première jusqu’à la fin. Commençant par la confection de longboard, celle-ci se termine en tonneau de vin. Pascal nous explique que même les plus petits copeaux de bois sont utilisés pour le feu, afin de faire brûler l’intérieur de certains de ses tonneaux. Trouver des alternatives pour réduire les déchets est tout aussi important comme processus créatif que la création même d’une nouvelle ligne de produits.

Tono West Shefford
 
Pascal Plamondon - Tono
 
Feu et tonneaux West Shefford
 
Maryse Blanchard - Tono

En tant que consommateur, il est de notre devoir de s’informer sur les produits que nous achetons, mais également de se questionner sur leur importance dans notre quotidien. Possédons-nous des objets similaires? Sommes-nous en mesure de les réparer ou est-ce que l’entreprise offre une garantie adéquate? D’où proviennent-ils et qui se cache derrière leur fabrication? La meilleure chose que nous pouvons faire pour la planète est d’utiliser ce que nous achetons le plus longtemps possible. Parfois, de simples gestes suffisent pour allonger la vie de nos objets et de nos vêtements. Un entretien régulier et des réparations adéquates réduit ainsi ce besoin de consommer en évitant des émissions importantes de CO2, la production de déchets supplémentaires et l’utilisation d’eau nécessaire à leur construction.

 

Réparer quelque chose que nous pourrions autrement jeter est presque inconcevable pour beaucoup dans l’avancée rapide de notre monde technologique. Cependant, son impact est énorme. Opter ainsi pour l’achat de produits durables et fabriqués localement permet d’encourager les commerçants de la région, de minimiser son impact écologique et de tisser des liens importants avec les artisans qui nous entourent. Réfléchissons deux fois avant d'acheter quoi que ce soit.
 

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Texte Mia Sarrazin
Photo Patrice Didier